Introduction

La forteresse de Bitche, ancien château fort ducal devenu une citadelle française avant d’être ballottée entre la France et l’Empire, peut se visiter en suivant différents circuits , depuis le chemin de ronde jusqu’au plateau supérieur, en passant par la visite des souterrains où le visiteur pourra découvrir le destin exceptionnel de la citadelle au cours du siège de 1870. Cette année, à l’occasion des journées du patrimoine, la citadelle de Bitche proposait à ses visiteurs de découvrir une partie du fort généralement fermée au visiteurs. Il s’agit de la prison de la Grosse-Tête. La Grosse-Tête est une enceinte de combat orientée vers la frontière est du royaume de France. Elle est séparée de l’enceinte de sûreté (le plateau central) par une gorge creusée par l’homme. Dès le premier tiers du XVIIIe siècle, l’architecte Cormontaigne y aménage une prison qui deviendra fameuse sous le règne de Napoléon 1er.

1. Une prison Napoléonienne

Sous le Premier Empire, la citadelle de Bitche servira de lieu de détention pour des marins anglais. Elle accueillera des prisonniers de 1804 à 1814. On estime à cette époque que les britanniques détenaient près de 80 000 soldats français alors que la France n’avait que 16 000 prisonniers anglais, détenus dans différentes prisons sur le territoire. Les captifs qui par leurs tentatives répétées d’évasion avaient acquis une réputation de prisonniers difficiles étaient transférés à Bitche avec l’idée que le fort invaincu et imprenable saurait contenir les plus difficiles des prisonniers.  Malgré tout, le quotidien de la plupart de ces soldats détenus à la citadelle n’était pas fait de cachots humides et lugubres. Surveillés par une garnison de 400 vétérans, ces 300 prisonniers logeait dans la caserne haute de trois étages située au centre du plateau sur lequel les anglais pouvaient se promener. Cependant les tentatives d’évasions étaient sévèrement punies et les prisonniers les plus récalcitrants séjournaient de manière plus ou moins prolongée dans les cellules de la prison de la Grosse-Tête. L’officier de la Royal Navy Allen Stewart, réputé le prisonnier le plus difficile de la citadelle, séjourna longuement dans une étroite cellule du sous-sol de la prison de 1809 à 1814. Un autre prisonnier, nommé Moore, avait fait venir son épouse en France. Elle résidait à Bitche le temps de la détention de son mari, lorsque Moore décida de s’enfuir. Dans la mesure où sa tentative fut couronnée de succès, les autorités décidèrent d’emprisonner son épouse sur la Grosse-Tête où, enceinte elle donna naissance à Morris Moore, qui s’illustra plus tard dans la peinture.

2. La visite des souterrains

Avant de découvrir la fameuse prison, le visiteur va passer par différentes galeries. Le croquis ci-après vous donne une idée du cheminement de la visite. Ce croquis est donné à titre indicatif et n’a pas été fait à l’échelle.

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La visite commence par le sous-sol du pavillon des officiers.

Le sous-sol du pavillon des officiers

Dotée de quatre cheminées, cette vaste salle servait à loger les officiers en poste à la citadelle en cas de siège. Comme de nombreux bâtiments du plateau, le pavillon des officiers, prévu pour accueillir 18 officiers et leurs valets, possède un sous-sol qui remplit les même fonctions que le bâtiment au dessus de lui. A l’abri des bombes, cet “équivalent” souterrain des bâtiments supérieurs est prévu pour être utilisé lors des attaques ennemies.

Le sous-sol de la poudrière

La poudrière, bâtiment stratégique et sensible du plateau supérieur était autrefois entourée d’un mur de protection supplémentaire qui venait protéger des bombardements la structure solidifiée par des contreforts. La capacité maximale de la poudrière (sous-sol et bâtiment supérieur) avoisine les 72 000 kg de poudre. Cette capacité était atteinte à la veille du siège de 1870. Afin d’éviter que la poudre ne soit altérée par l’humidité, des évents permettent d’aérer le bâtiment. De même, le sous-sol, creusé dans la roche, est humide. Aussi les barils de poudre reposent-ils sur un plancher en bois sous lequel une rigole permet de drainer l’eau qui suinte des murs. La salle souterraine est plus petite que l’étage à l’air libre mais elle répond aux mêmes contraintes, aucune étincelle ne doit risquer d’enflammer la poudre. Ce qui signifie qu’aucune lampe à huile n’est admise dans la poudrière (les lampes doivent être déposée dans une niche étanche près de la porte. Celle ci éclaire la salle au travers d’une vitre). De même les soldats qui pénètrent dans la poudrière doivent chausser des sabots ou des chaussures à semelle en bois, et surtout pas des bottes cloutées de fer. Enfin les gonds de la porte sont en cuivre et pas en fer, toujours afin d’éviter une étincelle fatale.

La caponnière de gorge

En cas de siège, l’accès à l’enceinte de combat se fait par la caponnière, un tunnel à l’abris des bombardements. En temps de paix, l’accès se fait par un pont depuis l’extrémité du plateau. La caponnière est percée d’ouvertures qui permettent de défendre les fossés et l’accès à la citadelle. Le tunnel est divisé en compartiments séparés par trois portes qui permettent de contenir un ennemi qui serait parvenu à entrer dans la Grosse-Tête.

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La caponnière vue depuis la gorge

La Grosse-Tête et le sous-sol de la prison

L’ensemble des souterrains que nous avons pris depuis le pavillon des officiers est taillé dans le roc. On remarque parfois une rigole qui court le long du mur. elle permet de récupérer et d’évacuer les eaux de suintement. En plusieurs endroits, surtout après la caponnière, on notera un carrelage au sol. Ces carreaux, oeuvre des faïenceries de Sarreguemines, ont été posés par les prussiens après 1871.

Dès la sortie du tunnel de la caponnière, nous nous trouvons dans la Grosse-Tête. Les premières pièces que nous voyons se trouvent à gauche de la sortie du tunnel, il s’agit des latrines. Celles de l’officier en charge de la Grosse-Tête sont séparées de celles de la troupe.

Rapidement, on accède à la prison autrefois constituée d’un rez-de-chaussée et d’un étage en élévation en plus du sous-sol que nous avons pu visiter. Dans le sous-sol nous nous retrouvons face à un ensemble de trois cellules. La première, la plus grande est une cellule commune destinées à accueillir plusieurs prisonniers. Les deux autres sont des cellules individuelles, celle du milieu étant plus petite que la troisième. C’est dans cette dernière qu’a séjourné le Lieutenant Stewart dont nous avons parlé plus haut. Une inscription au dessus de la porte atteste de sa présence prolongée en ces lieux. Le couloir qui passe devant les cellules débouche sur une salle qui ouvre sur un escalier qui permettait d’accéder aux étages.

Enfin, on remarquera l’ingénieux système d’aération des cellules qui sont dépourvues de fenêtres. En dessous de la niche pratiquée à côté de la porte, une ouverture permet à l’air froid d’entrer et une autre, pratiquée au dessus de la niche permet d’évacuer l’ai chaud, créant un mouvement d’air pour le “confort” des détenus.

3. La découverte de la gorge de la Grosse-Tête

Au centre de la gorge une cunette, autrefois en pierre, rassemble les eaux de pluie et les eaux de suintement pour canaliser leur évacuation loin des murs de la citadelle. En suivant cette cunette, nous découvrons au bord de la grosse tête une contre garde destinée à défendre la courtine qui va du bastion Saint Nicolas au bastion Saint Jean. En effet, le bastion Saint Jean est le seul qui ne dispose pas de salle souterraines, à cause du rocher. Ainsi il ne peut pas défendre la courtine, ce qui explique la présence de la contre garde. En revenant vers la caponnière nous arrivons près d’une stèle.

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La stèle de la gorge de la Grosse-Tête

Cette stèle, érigée par les autorités allemandes marque la tombe de soldats français tombés lors du siège de 1870. A la citadelle même, seuls neuf soldats sont tombés et ils auraient été enterrés dans les deux gorges de la citadelle. C’est du moins ce que raconte la tradition orale. En 1988 l’association des amis de la citadelle procède à des fouilles et met au jours des restes d’uniformes (boutons, gallons, …) qui confirment les faits rapportés par les anciens.

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