C’est en lisant un article sur les symboles utilisés par les templiers pour leurs sceaux que j’ai voulu me renseigner plus avant sur leur présence dans la région. Le premier constat est que si les templiers ont été très présents dans une partie de la Lorraine, ils semblent avoir été plus discrets en Alsace et ne se sont jamais implantés dans le Pays de Bitche. Puisque les templiers semblent être absents de la partie de la Lorraine qui nous intéresse, cet article traitera des templiers en Alsace. On constate que si peu de sites sont avérés, un certain nombre d’autres établissements possibles sont identifiés par la toponymie ou la tradition, et même si tous n’ont peut être pas été des commanderies, il n’en reste pas moins que les templiers marquèrent le paysage entre Vosges et Rhin.

L’objectif de cet article est de dresser une liste et de recueillir quelques informations sur la situation des templiers en Alsace, je me suis donc servit principalement de sources secondaires en attendant de pouvoir approfondir mon travail avec des documents d’archives. Les chartes et autres titres originaux semblent rares ou sous exploités dans le cadre de ce sujet. Quant aux sources secondaires, la plupart datent du XIXe siècle ou du tout début du XXe siècle. Les ouvrages plus récents que j’ai pu consulter sont plus généralistes ou historiquement peu fiables, car portés sur les légendes et la conspiration.

Les sources auxquelles je renvoie dans cet article sont les suivantes:

  • Jacques Baquol, L’Alsace ancienne et moderne: ou, Dictionnaire topographique, historique etstatistique du Haut et du Bas Rhin, 1865
  • H. Hüffel, Nouvelles oeuvres inédites de Grandidier: Ordres militaires et mélanges historiques (Strasbourg), Volume 5, 1900, pour ce qui concerne Grandidier
  • L’article de A. Benoit, dans la Revue d’Alsace, Volume 19, paru en 1868
  • Dr E. Eissen, Soultzbad. Le bain de Soultz,Source minérale chloro-iodo-bromée, 1857

L’ensemble de ces ouvrages, à l’exception des Nouvelles oeuvres inédites de Grandidier (disponible à la BNU de Strasbourg), sont disponibles à la lecture sur internet (Google Books, Gallica, …)

Les templiers en Alsace

L’ordre du Temple est fondé en 1129 pendant le concile de Troyes. La prise de Saint-Jean d’Acre (1291) sonne la fin de la présence templière en terre sainte. Les templiers demeurent néanmoins très actifs et influents en europe jusqu’à la dissolution de l’ordre en 1312. Après la dissolution de l’ordre les biens du temple, en Alsace comme ailleurs passent à d’autres ordre, le plus souvent aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. En Alsace comme en Lorraine la toponymie est riche de noms aux consonances templières.

En Alsace, les chevaliers du Temple sont attestés depuis le début du XIIIe siècle jusqu’au tout début du XIVe siècle et la dissolution de l’ordre. En effet, ils sont mentionnés en 1220 au Temple Hoff, en 1243 à la commanderie de Baumgarten, et à nouveau en 1257 au Temple Hoff. Ils seront ensuite attestés en 1303 et en 1306 à Wingersheim et à Baumgarten, et en 1311 à Strasbourg. Ces dates sont les seuls jalons connus pour l’Alsace, ce qui ne veut pas dire qu’une présence templière plus tôt est impossible. Au contraire elle est même très probable, dans la mesure où à ces dates les commanderies existent, sont déjà construites et intégrées dans les réseaux locaux. D’autant plus qu’à Metz, les templiers sont attestés dès 1133.

Durant toute la période où l’ordre du Temple existe et se développe, la Lorraine et l’Alsace sont rattachés à l’espace germanique. L’autorité régionale la plus haute pour les templiers est le Grand Prieuré  d’Allemagne dont dépendent les baillies de Lorraine et d’Alsace. A la tête de chacune des baillies se trouve un commandeur qui ordonne à tous les chevaliers de l’ordre pour sa province. Au niveau local, les templiers organisent un réseau de commanderies. La notion de commanderie est relativement floue et ne sera pas débattue dans cet article. Nous nous contenterons de constater que la plupart des sources utilisées emploient les termes de commanderie, temple, maison du temple, maison forte du temple ou encore couvent sans sembler introduire de distinctions entre ces notions. Les définitions actuelles considèrent qu’une commanderie peut tout à la fois désigner l’établissement central d’une circonscription pour les templiers, comme l’ensemble des bâtiments de cette circonscription. En Alsace, les templiers semblent souvent rebâtir d’anciens établissements qui leurs ont été donnés.

Les biens et les propriétés des templiers alsaciens

La liste qui suit reprend tous les sites templiers, supposés ou avérés, que nous avons pu trouver. Si vous avez connaissance d’autres sites, n’hésitez pas à nous contacter. Seuls cinq sites sont attestés par des textes ou l’archéologie: Baumgarten, Andlau, le Temple Hoff, Wingerseim et Strasbourg.

Nom Lieu Type d’établissement Source Commentaires
 Baumgarten  Donnenheim  Commanderie 1243: citée
1303: vente de biens
1306: vente de biens
L’existence de cet établissement est attesté par au moins trois documents, le premier document, de nature inconnu, cite la commenderie au XIIIe siècle. Elle est à nouveau citée deux fois au tout début du XIVe siècle, apparament dans des actes de vente.
 Refuge fortifié Dossenheim ??  tradition Le refuge fortifié de Dossenheim désigne un ensemble de maisons rassemblées autour de l’église du village et autrefois enserrées par un mur défendu par un chemin de ronde. Un second petit mur vient plus loin enrayer toute charge contre le refuge. Le refuge est daté du XIIe ou du XIIIe siècle.
 Castelberg Andlau Manse, chapelle, bâtiments et vignes.
Commanderie?
La notice de la base Mérimée affirme seulement que les chevaliers teutoniques reprennent l’endroit après 1312. L’établissement semble avoir été rebâtit sur les ruines d’un site précédant. Grandidier qualifie l’endroit de commanderie et situe sa construction au XIIIe siècle.Les templiers possédaient les meilleurs vignes d’Andlau.
 Maison de Bergbieten  Bergbieten  Maison et biens tradition Ces possessions des bénédictines d’Andlau à Bergbieten leurs venaient supposément des templiers.
 Dangolsheim  Dangolsheim église
église fortifiée?résidence templière?
 tradition La construction de l’église est attribuée aux templiers.
hameau de Hohwarth Saint-Pierrebois maison  tradition Le lieu dit est nommé « Herrenhofstadt »
Dorlisheim  Dorlisheim maison forte,église  tradition A. Benoit  nous donne une longue description de cet établissement et semble tenir pour acquis son existence.Fortification d’un établissement plus ancien (XIe siècle?).Dans l’église se trouvaient d’anciennes tombes: celle de l’évêque Walther de Geroldseck et de son frère Hermann. Ces tombes ont été pillées au début du XIXe siècle.
hameau d’Hermolsheim  près de Mutzig  biens (??)  tradition
 Tempels Mühl près d’Obernai  Moulin tradition
 Tempel hoff Bergheim Commanderie,Chapelle 1220: citée
1257: citée
Une notice de la base Mérimée, nous apprend que cette commanderie est citée deux fois, en 1220 et en 1257. Lors de la dissolution de l’ordre du temple, les bâtiments reviennent aux hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem (1307 selon A. Benoit). La notice précise que la chapelle était dédiée à la Vierge.
 Der Temple Leimbach  ??? Toponymie Le nom du lieu-dit rappelle pour certains le souvenir des templiers.
 Scharrachbergheim Scharrachbergheim  église tradition L’église aurrait été construite par « les templiers de Dangolsheim », selon le Dr E. Eissen
Bouxwiller Bouxwiller commanderie tradition Plusieurs auteurs (J-L Aubarbier en 2007 et Alain Lameyre en 1975) y place une commanderie.Un ou plusieurs textes d’archives conservés à Bouxwiller viendraient confirmer cette hypothèse.
 Wingersheim  Wingersheim biens (???)  1303/1306: cités dans une vente  En 1303 puis en 1306, la commanderie de Baumgarten vend au chapitre de Saint Thomas des biens situés à Wingersheim.
 Strasbourg Strasbourg  ?? XIIe (1183/ 1185)1311? Les notes de Grandidier indiquent qu’il avait trouvé des preuves de la présence des templiers à Strasbourg, notament une charte de 1311 et peut être des documents de la toute fin du XIIe siècle.

La légende sanglante des Chevaliers Rouges

Les templiers alsaciens étaient sous la protection de l’évêque de Strasbourg et les chevaliers veillaient aux intérêts de leur protecteur. Ainsi lorsque l’évêque Walther, soutenu par une partie de la noblesse alsacienne entra en guerre contre la ville de Strasbourg, les chevaliers soutinrent le camp épiscopal.

Le seigneur de Girbaden avait, lui, prit le parti de la ville, aussi les templiers ravagèrent-ils son village de Grendelbruch. En réprésailles, les strasbourgeois saccagèrent le bourg de Dorlisheim et les propriétés des chevaliers.

A cause de ces massacres, le nom de chevaliers rouges est resté dans plusieurs sources pour désigner les templiers de Dorlisheim ou parfois les templiers d’Alsace. Au delà de la légende et du folklore, cette anecdote montre les liens qui unissent les templiers aux évêques de Strasbourg, lien qui est souligné par plusieurs auteurs du XIXe siècle.

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