L’expression est du Capitaine Mondelli, acteur du siège de Bitche et plus tard auteur d’un livre sur le sujet. Elle fait référence à la principale attaque que subit la Citadelle de Bitche durant le siège de 1870. Ce bombardement qui dura près de 10 jours constitue, pour cette forteresse, un tournant majeur dans l’histoire de cette guerre de position.

Une citadelle pas tout à fait prête

Lorsque la guerre éclate le 19 juillet 1870, le colonel Teyssier vient juste d’être nommé à Bitche (le 9 juillet). Militaire de carrière, Teyssier s’est illustré durant la guerre de Crimée où il fut blessé à plusieurs reprises, ce qui n’empêche pas sa hiérarchie de le remarquer. A l’issue de mois de tensions et juste avant le début d’une guerre qu’on perçoit comme imminente, c’est donc un soldat aguerri qui va être choisi pour commander la forteresse de Bitche, une place forte stratégique sur la route de l’Alsace à Metz.

En plus de la garnison régulière, la place de Bitche accueille de nombreux soldats rescapés des batailles alsaciennes du mois d’août. Souvent blessés, c’est près de 1200 hommes qui, ne pouvant ou ne voulant pas suivre l’armée qui se retire à Metz, sont installés dans le camp retranché situé le long du mur d’enceinte, entre le fort Saint Sébastien et la citadelle (à peu près à l’emplacement du stade de football actuel). En faisant le compte de tous les hommes valides, Teyssier dispose d’environs 1500 hommes pour tenir les murs de sa citadelle. Cependant, entre la population civile (estimée à 2600 ou 2700 personnes) et les 1200 soldats blessés, Teyssier devra se montrer particulièrement attentif aux questions d’approvisionnement et d’intendance si il veut mener à bien la tâche qui lui a été confiée.

Vue de Bitche – 1871

Lorsque Teyssier prend le commandement de la Citadelle, celle-ci dispose de 53 canons. Les inventaires révèlent que seule une douzaine sont des pièces « modernes ». Las autres canons, plus vieux, ne sont pas tous en état de fonctionner. A l’arsenal, on dispose en revanche d’un nombre important de munitions, et les poudrières débordent littéralement, puisque près de 72 tonnes de poudre sont stockées à Bitche.

Un verrou sur la route de Haguenau vers Metz

Si Bitche intéresse autant l’armée française, c’est parce que la forteresse se trouve sur la route que doivent emprunter les envahisseurs qui veulent progresser vers Metz.

Dès le début du mois d’août, après les revers subits en Alsace, les troupes françaises refluent et Bitche se retrouve en première ligne. Le 7 août, les premiers ennemis sont en vue de Bitche. Après un échange de tirs, ces derniers préfèrent renoncer et se repositionner. Une nouvelle tentative aura lieu le 22 août, puis le 23 août, lorsque le colonel Kohlermann, un officier bavarois, va positionner ses canons à moins de 1500 mètres de la ville, sur une hauteur au nord de Bitche. Ce sont les canons et les artilleurs postés au fort Saint Sébastien qui contribueront largement à repousser cette offensive. Comme après chaque attaque, les Bavarois vont tenter une approche diplomatique. Ils espèrent convaincre Teyssier de renoncer à tenir la place forte, isolée et abandonnée par l’armée française. Pourtant, le colonel ne cède rien et renvoi les émissaires.

Il ne reste plus à Kohlermann  d’autre choix que de se retirer en attendant qu’on lui envoie des canons à plus longue portée. Ils arrivent à Deux-Ponts au tout début du mois de septembre et ils sont immédiatement acheminés vers Bitche avec la plus grande discrétion.

Conscient que la position choisie par les Bavarois, sur une crête au nord, près du village de Schorbach, est hautement stratégique et tout à l’avantage des assaillants (ils se trouvent à une cinquantaine de mètres au-dessus du niveau du plateau supérieur et bénéficient d’un meilleur angle que les canons de la citadelle desquels ils sont plus ou moins cachés), Teyssier ordonne une sortie. Dans la nuit du 3 au 4 septembre, 800 hommes s’avancent avec précaution vers la position ennemie, pour détruire les canons. Après quelques combats, ils sont repoussés au prix de nombreuses pertes. Les Bavarois finissent d’installer leurs canons le 5 septembre.

Le 11 septembre 1870 commence un long bombardement qui durera jusqu’au 21 septembre au matin. Près de 8500 munitions s’abattent sur la citadelle et la ville de Bitche, détruisant de nombreuses maisons et mettant le feu à d’innombrables bâtiments. Les dégâts sont considérables à la surface de la forteresse qui riposte tant bien que mal depuis ses bastions. Lorsque les bombardements s’intensifient, la garnison se réfugie dans les souterrains où elle est hors de portée. Lorsqu’il constate que la citadelle résiste malgré tout à son bombardement, l’ennemi redirige ses tirs sur le camps retranché, moins bien protégé. Contrairement à la forteresse qui ne déplore que peu ou pas de victimes, le camp est durement frappé.3

Bitche après le siège, 1870-1871

Le 21 septembre, après quelques derniers coups de canons, les Bavarois reçoivent l’ordre de démonter leur artillerie et de rejoindre l’armée principale, leurs canons et leurs hommes sont requis pour le siège de Paris.

Un tournant dans le siège de Bitche?

Cette attaque est si fameuse qu’elle éclipse presque toutes les autres tentatives ennemies, les reléguant à de simples escarmouches. Plus que simplement une attaque célèbre, le bombardement du 11 septembre 1870 est un tournant majeur dans le siège de Bitche.

En se retirant, les Bavarois décident de maintenir un blocus sur la place de Bitche. Un cordon est établi, mais celui-ci est loin d’être étanche puisque des nouvelles et des journaux parviennent jusqu’à Bitche, tandis que depuis Bitche des officiers se rendent en France auprès du gouvernement pour demander des ordres.

Pour les assiégeants, la résistance de la forteresse bitchoise est un coup porté à leur moral, tandis que du côté des défenseurs, le départ des canons et des troupes ennemis est sans doute vécu comme une petite victoire, sinon comme un répit bien mérité. Bien qu’assiégée, la ville se détend, on ouvre les portes la journée, et les habitants vont travailler aux champs. On oublierait presque la présence des soldats bavarois postés non loin de là, dans les forêts avoisinantes et sur les crêtes. Au terrible siège de septembre succède un blocus relâché qui durera jusqu’à la fin du mois de mars 1871.

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